Marc Gourdon à propos de LINES

Superbe de bout en bout, les écoutes successives de Lines nous font encore plus regretter ta décision d’arrêter (hum, les frais? !). En effet, j’y retrouve absolument tout ce qui m’a fait aimer ta musique en premier lieu quand j’ai « découvert » Teaser For Matter. L’astuce et l’intelligence d’un créateur original qui a su marier la somme de ses influences – les artistes non-influencés n’ayant jamais existé – afin de produire une matière qui ne soit pas comme tant d’autres, un travail de « faiseur » pour ne pas dire de singe vaguement savant, dont toute l’éducation musicale s’est faite en accéléré sur internet, en piochant, ici et là (pour ne pas dire plagiant).
 
Certes, si le hip hop, le rock indé de Pavement et le jazz moderne de Pharoah Sanders (pour ne citer que trois de ces influences) sont perceptibles, il n’empêche que ce que tu auras produit en quelque 10 ans, reste éminemment personnel et surtout sans égal. Il est en l’occurrence assez agréable de retrouver le son brut de décoffrage des débuts, mais infiniment mieux domestiqué par l’expérience. L’osmose humaine et instrumentale entre toi et les Hiddentracks a rarement été aussi, criante de vérité. Et puis il y a ces arrangements style « brass band », ou ces Lignes de clarinette basse, qui me collent des frissons à chaque fois.
 
De surcroît et ce n’est pas le moindre détail, les textes qui accompagnent ta musique, volent derechef  à des kilomètres au-dessus de la masse, et pas seulement de la masse hexagonale, mais de la masse tout court (paroles qui, il est bon de le signaler, sont toujours parfaitement ar-ti-cu-lées). On est à des années-lumière de l’inepte et insignifiante bouillie qui nous est servie à longueur d’années – par charité, passons sur les épouvantables accents de la plupart des groupes français se « piquant » d’écrire dans la langue de Shelley… qui doit exécuter des séries de saltos arrière dans sa tombe, tant à cause du fond que de la forme !
 
Ceci pour dire que les quatre titres quasi testamentaires de Lines, vont nous laisser un goût doux-amer en bouche. Il pose aussi un tas de questions. Les artistes qui ont vraiment quelque chose à dire, intéressent-ils encore le public où porter un chapeau fait par Vivienne Westwood est-il suffisant ? Se fondre dans la masse ou rejoindre la masse, est-elle la seule solution pour espérer vivre de son art ? Faut-il absolument adapter son travail à la durée d’attention du plus grand nombre qui semble s’amenuiser de jour en jour ? 
 
Je crains que la « pureté » et la véritable « honnêteté » soient – pour l’instant – passées de mode. Voilà le problème : tu n’es pas assez cynique  ! Je sais, au moins, se regarder dans la glace le matin, n’est pas trop désagréable ! De nos jours, c’est l’un ou l’autre. Nous vivons à une époque – et tu le dis si bien dans Bending The Lines – où il faut appartenir à une « catégorie », où il faut choisir son camp – ce qui ne présage rien de bon. Conserver son intégrité intellectuelle est un grand luxe. On ne devient pas riche et l’on ne se fait pas ainsi des tas d’amis, mais c’est ça ou se sentir comme un connard de premier ordre en se regardant dans la glace sus-mentionnée. J’ai fait mon choix il y a longtemps et ne le regrette point du tout . Je me félicite que le tien, y ressemble.
 
Alors Mickaël, un grand MERCI pour ta musique qui m’accompagne souvent. C’est une bonne amie.

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