Meet the Hiddentracks : Guillaume Long

Guillaume fait partie des Hiddentracks. Il dessine avec nous sur scène à l’occasion de concerts spéciaux, et illustre nos pochettes/livrets depuis Oulipo Saliva (2007).

C’est un auteur de bandes dessinées génial. Je le suis avec admiration depuis ses premiers travaux, que notre batteur de l’époque m’avait fait découvrir. Son dernier livre paru est celui-ci.

 

Guillaume Long par Laurent Holdrinet

1/ Tu m’as dit un jour que tu travaillais toujours en musique. C’est encore le cas (et tu écoutes quels disques en ce moment) ? Est-ce que ton trait peut en être modifié ? Par exemple, est-ce qu’il t’arrive de donner des impulsions à ton crayon en rythme avec la chanson que tu écoutes ?

 

C’est encore le cas oui, quand je ne travaille pas avec la radio. Mais je l’écoute beaucoup moins depuis quelques années puisque je scénarise pas mal pour mon blog et que c’est impossible de le faire en écoutant du français.

Donc : beaucoup de musique avec des paroles non-francophones, ou de la musique tout court.

Je réponds à cette interview avec le dernier Massive AttackHeligoland que j’avais trouvé chiant à sa sortie mais que j’ai re-écouté par hasard lors d’une récente soirée sans savoir ce que c’était, et c’est la rédemption !

Mon métier est assez solitaire, donc très musicophage – c’est le cas de beaucoup de dessinateurs. Ces temps, j’écoute beaucoup Alt-J, le dernier Why? (visiblement inépuisable, donc je suis content quand je trouve un tel disque), le dernier Cat Power, TV on the radio, un peu de jazz (mais pas du jazz chiant tu vois, d’ailleurs j’écoute ce que Flavien veut bien me faire découvrir et depuis Mingus, pas grand-chose de nouveau – *wink wink*).

En fait, pour répondre à la dernière partie de ta question, bien sûr que je ne dessine pas pareil en écoutant telle ou telle musique mais je m’arrange pour contrôler le truc. J’ai une playlist de travail avec deux cents morceaux qui me donnent envie de dessiner, des trucs que je connais généralement par cœur pour ne pas trop me distraire. Parfois des trucs merdiques (Robbie Williams, Two door cinema club, Jeanette) parfois des trucs qui tabassent (Beastie boys, Rage against the machine). Des morceaux qui donnent la pêche à mon dessin, qui font partie du décor de mon bureau (je suis très matérialiste). Sinon quand je scénarise, le baroque c’est l’idéal : de la musique en boucles qui évoluent sans en avoir l’air, la répétition qui progresse.

 

2/ On s’est déjà rendu compte tous les deux qu’on a un rapport très différent avec nos productions antérieures. J’écoute parfois les disques qu’on a faits jusqu’ici, certes avec une oreille critique, mais globalement, le sentiment de fierté (même rétrospective), je trouve ça très utile. J’ai l’impression que ce n’est pas un moteur chez toi. Je me trompe ? Il t’arrive de relire une de tes BD ?

 

Effectivement, je n’aime pas tellement me relire.
La première raison, c’est que j’ai commencé à faire de la bande dessinée avec ma première publication, il y a dix ans. Avant, je m’intéressais au dessin mais en amateur. Donc je me suis réellement posé des questions de dessin et de scénarisation en commençant dans le métier. Un peu comme si Kim Deal avait décidé d’apprendre la basse pour jouer avec les Pixi… Non, ce n’est pas un bon exemple. Le résultat c’est que mes premiers albums je les trouve très bancals, parfois ratés au niveau du dessin, ou du scénario. C’est un sentiment qui s’apaise avec le temps, vu que j’arrive depuis quelques années à faire des albums qui trahissent de moins en moins mes exigences. Mais ce n’est pas encore gagné – et tant mieux, n’est-ce pas ?

La deuxième raison c’est que contrairement à vous, je ne fais pas le genre d’albums que je lis. Le genre petites scènes du quotidien marrantes et tout, on dirait moi c’est dingue ce n’est pas tellement ma tasse de thé en tant que lecteur. J’aime plutôt les longs récits de fiction qui développent plein de personnages, explorent divers genres, diverses thématiques comme peuvent en faire des auteurs tels que Blutch, Dumontheuil, Prudhomme, Blain, etc…

Dernier choc en date, le Nao De Brown de Glyn Dillon chez Akiléos. Un livre incroyable.

 

3/ Autre petite différence entre nous, que je trouve ultra respectable chez toi : au fond, tu aspires à être « mainstream ». La signature chez Gallimard a dû te conforter un peu dans cette perspective, non ? Pour le formuler autrement : est-ce rassurant qu’un gros poisson officialise ton statut d’auteur potentiellement « grand public » ?

 

Je ne crois pas que ce soit différent parce qu’en tant qu’auteur, j’essaye juste d’être lu. Toi en tant que musicien, je suppose que tu essayes d’être écouté, non ?

Ca me semble un minimum quand on écrit des histoires, de s’adresser à des gens… Même si l’on écrit toujours d’abord un peu pour soi ; j’y réfléchissais récemment et je crois que je fais des bouquins d’abord pour arranger un peu la vie que je mène, et le monde dans lequel je vis ; c’est une sorte de fuite ou c’est une manière de composer avec l’insupportable, au choix. Mais je constate que la structure de mes récits part souvent d’un arrangement (pas forcément positif) de ce que je vis.

Après, j’ai la chance de voir mon travail édité donc je fais en sorte qu’il soit lu et de travailler avec des gens que j’aime. C’est pour ça que je ne vais pas forcément rester chez un éditeur indépendant par « politique d’auteur » parce que je m’en fiche et que c’est un métier de mercenaire. Je vais juste là ou j’aime les gens, et là ou je suis payé – et j’ai la chance de choisir de plus en plus mes éditeurs. Ca par exemple, c’est rassurant.

Après, j’ai énormément d’admiration pour certains auteurs mainstream parce qu’encore une fois, ils arrivent à faire des livres que je me sens incapable de réaliser. Quino par exemple a disposé d’un formidable outil d’expression contestataire du régime Argentin dans les années 70 avec Mafalda, travail publié dans les journaux de l’époque. Des strips grand public, une diffusion importante et pourtant un vrai propos, un travail d’auteur. Pas sûr que ça aurait été aussi impactant diffusé sous le manteau et à compte d’auteur ; voilà pour le mainstream ; j’ai même pas eu besoin d’évoquer Spiegelman ou Allan Moore.

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